portraits

16 mars 2008

42

Un homme au rêve habitué, vient ici parler d’un autre, qui est mort.

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27 novembre 2007

41

Portraits continue et s’achève.

Tout est venu du théâtre. Un jour de janvier dernier, je jouais Le Mardi à Monoprix, d’Emmanuel Darley. L’histoire secrète, quotidienne, inventée sans doute, d’une femme, Marie-Pierre, qui fut un homme, (on dit une transsexuelle d’ordinaire, mais le mot n’était pas prononcé, n’était pas pensé, c’était une femme), et de sa difficile relation à son père qui continuait à l’appeler par son prénom de garçon (Jean-Pierre).

Seul en scène, j’avais à dire les mots de cette femme, ces mots sans arrêt hésitant entre féminin et masculin, ces mots qui tentaient d’affirmer, coûte que coûte et douloureusement, une identité. J’avais à dire ses mots ; à jouer cette femme.

Les premiers mots de la pièce : Tout le monde me regarde le mardi.

Le mardi  Marie-Pierre était regardée, exposée, livrée aux regards. Elle était dévisagée. Les regards tentaient comme on dit de la percer, de la mettre à nu, de l’identifier. Et la question posée par ces regards, même pleins d’a priori, pleins d’ironie ou de peur, restait sans réponse, l’identité se dérobait. L’identité se dérobe toujours.

(C’est bien Tu veux mon portrait ? qu’on répond à qui nous regarde de trop près ?)

La question du portrait s’est installée en moi. Comme les autres qui scrutaient Marie-Pierre dans les allées de Monoprix, il fallait que je me penche sur elle, que j’en fasse le portrait.

« Dans le visage d’autrui il y a une énigme. » Je savais que je ne la résoudrais pas mais il fallait que je le tente. Comme acteur d’abord. Comment jouer, devenir, prendre l’apparence de Marie-Pierre ? Comment échapper à la simple reproduction des gestes, des comportements, et tenter d’être dans la compréhension d’une personne, même fictive ? Comment, même ni parvenant pas, ne pouvant y parvenir, m’obstiner à chercher Marie-Pierre ?

Giacometti voyait en permanence sa peinture échouer à rendre le visage de son modèle, « ça ne vaut rien » répétait-il tout le temps, mais il ajoutait « aussi longtemps qu’il y a la plus petite chance il faut que je continue ».

La peinture tente cela. La photo aussi. Mais le théâtre ? Qu’est-ce qu’il attend ?

Le théâtre aime le mouvement, le battement des bras, les cris d’orfraie. Il y a des situations, des rebondissements, des dénouements, des coups de théâtre. On frappe, on tonne, on s’égosille, on s’agite.

Stop.

Le théâtre aime la suspension, le battement des cils, le silence.

Pour regarder un portrait de Cézanne, de van Gogh, de van Eyck, de Rembrandt, j’ai besoin d’attention. Pour regarder un visage en face de moi aussi. Le théâtre peut aussi faire ça : s’arrêter et regarder. Tenter de dire l’émotion d’une rencontre, le presque rien d’une vie.

***

Le mois de décembre va tenter quelques approches théâtrales du portrait.

Avant cela, les fantômes de Peter Weir reviennent nous hanter, l’hiver les a chassés de la rue où ils s’installaient subrepticement, certaines fins de semaine. Les voici plus au chaud, à la Boutique. C’est Apparitions.

Avant cela aussi les lectures reprennent à la Boutique, ces portraits de femmes écrivains du 20ème siècle : Sylvia Plath et Janet Frame.

Avant cela encore, nous partons en voyage. L’an passé nous avait emmenés en Sicile, cette année nous entraine au Portugal, pour une longue soirée de lectures, de nourriture et de cinéma, au TMT.

Et puis le théâtre, pour conclure ces trois mois de recherche, d’errance en votre compagnie:

Solitudes est une expérience à mi-chemin du théâtre et d’une exposition. Beckett joue le jeu, s’y plie de tout son cœur. Deux textes brefs, à regarder comme à écouter, à la Boutique, aux horaires de l’exposition. Deux êtres arrêtés, figés, une femme, un homme, entre vie et mort, entre souvenir et oubli. Dire ça, ce qui s’arrête en nous, si souvent, tenté de ne jamais repartir.

Marilyn Monroe / entretiens et Looking for n.g. 42.43 termineront Portraits, au TMT.

Deux comédiennes, Stéphanie Marc et Fabienne Bargelli, par la rêverie, par l’enquête, par le théâtre, tentent de dresser le portrait de deux femmes. L’une est célèbre (MM), l’autre anonyme (NG). L’une est connue du monde entier, l’autre de ses amis. La vie de l’une la vie de l’autre, l’américaine la lozérienne, retiennent leurs secrets.

A partir de documents réels, de souvenirs enfouis, ou du relai de l’imagination, le théâtre sur la pointe des pieds s’approche de deux femmes.

La dernière soirée (20 décembre) sera suivie d’une fête de fin de Portraits. Soyez-y les bienvenus.

(édito du journal Portraits - décembre 2007)

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20 novembre 2007

40

Tentative. Démarrage difficile. Temps froid. Moteur en difficulté. Ou batterie à plat. Révision nécessaire. Carburant?

Marvejols déroule ses expos, l'une après l'autre. Après les classes mortes qui firent tabac, vint le Darley et ses pudiques portraits de mémoire, puis nos présidents barbus et moustachus avant que l'imberbitude ne les saisît. Enfin la maternelle en remet une couche cette semaine avec ses portraits au toucher. Avec F.A. on a pris la tangeante de l'Amélioration, autre forme de portrait, depuis le début du mois, Beaucaire, Marvejols et Montpellier, encore 4 représentations. J'essaierai (si envie, courage etc) de revenir sur la question des portraits au théâtre, par rapport aussi à l'Amélioration. Pour l'instant, je me contente de tenir le greffe, scribe sans prétention, tâcheron du portrait, ça réfléchira, si ça peut encore, plus tard. Fabienne et Thierry depuis trois semaines préparent et gardent les expos. Nous on joue aux visiteurs occasionnels. Journal de décembre sur le feu. D'ici la semaine prochaine. Poésie qui a commencé, belle première séance paraît-il, évidemment, nous n'étions pas là. Inquiétude pour la seconde, qui sera atelier d'écriture, je crains les timidités marvejolaises, écouter passe encore, tenter d'écrire... On verra. Suffit de deux ou trois égarés. Préparation désormais des derniers feux de portraits, ce qui nous rapproche tout doucement du théâtre. (Mais faut-il se rapprocher du théâtre?) : Portugal, Solitudes (les objets Beckett), Marilyn Monroe/entretiens et Looking for N.G.42.43.

Trouvé ça, sur net. Artiste portugaise Helena Almeida.XGCCA1BQ6SQCAU1VXAXCAZAC4UKCALL6A3GCA6JRPN7CAGTW4MJCAN98UFMCAPOO1MMCAKNDUINCA1E60SSCAEP197NCAYJ4W0HCAWDWY7RCA1XXYAFCAPQ33RDCATE4FYQCA616DR9CAOYZ6RMCA5JCEUQh_almeida_1h_almeida_1h_almeida_3

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13 novembre 2007

39

Bon. Puisque certains s'impatientent:
comme dirait Pifou, il y a des périodes blog blog, et des périodes pas blog pas blog. C'est tout.

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31 octobre 2007

38

Retour à Marvejols, après escapade à Grenoble. Journée à plier journal portraits, étiquetter enveloppes, et poster. Récupéré photo de classes pour expo de vendredi, classes mortes, photos de classe vieillissantes, portraits de groupes défunts, mémoires enfouies. Parmi les expos proposées, celles-là, d'habitants d'ici, régulièrement, que ce soit celles réalisées par la maternelle La Coustarade, celles de E.D., à partir de rencontres, d'entretiens avec marvejolais divers, ou encore les Apparitions de Peter Weir, sculptures mobiles et fugaces, accrochées aux coins des rues, à partir d'empreintes corporelles et de souvenirs, d'objets confiés au sculpteur. On peut comme cela dénombrer les passerelles jetées entre les démarches diverses des uns, des autres, artistes d'abord, et une population (ce n'est pas le mot, population, le bon mot, il faudrait en trouver un autre, des habitants non plus, que faut-il dire? pour être juste) croisée pour l'occasion. C'est bien d'avoir fait cela, ces rencontres, cela ne justifie rien, ne donne qualité à rien, mais c'est bien quand même, sans que je sache bien pourquoi. Car au fond, peu de gens le savent que ce qui est entrepris avec Portraits l'est en dialogue, en main qui se tend. Même ceux qui ont participé, qui participent à telle ou telle expo, tel ou tel événement (les yeux dans les yeux aussi, vidéo des yeux de Marvejols; ou les portraits sonores de Franck Vigroux, issus de rencontres; ou les conversations de M. Beyler avec des croisés dans la rue, au sujet d'un danseur, Nijinski, dont il préparait le spectacle; ou le portrait de N.G. par Fabienne B., sur une enfance à Marvejols pendant la guerre; etc...), même ceux-là ne viennent pas, ou peu, voir ce qui avec eux fut fait, ou s'ils viennent ne reviennent pas voir ce qui prend la suite, en tout cas ça ne fait pas, comme peut-être nous l'espérions, boule de neige, mais tant pis, je ne dis pas ça faute de mieux, tant pis vraiment, ce n'est pas grave, ce qui est là, aujourd'hui, ici, suit son cours, quelque chose suit son cours, et la mémoire engrange. Portraits n'est pas un ensemble qui se suffit, c'est une mosaïque, une succession de moments, prenne qui veut.

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29 octobre 2007

37

moi aussi j'aimerais photographier des vaches

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36

Pas simple, le blogue. Mauvaise manipulation et hop poubelle, le message (message!) disparaît. Donc recommencer. Fatigue, parfois.
Ce qui était écrit, et disparut soudain malencontreusement, était, en à peu près: Quoi dire dans un blogue? S'en tenir à ce qui au début était prévu, ou se laisser dériver, au gré? Ce qui fut prévu était Portraits, manifestation de quelques douze semaines en la ville de Marvejols (Lozère). Avec expositions, lectures, spectacles, journal et j'en passe (se reporter au site de la Mauvaise Tête). Ce qui apparaît au fil du blogue m'entraine en revanche par les voies détournées des musées visités, des lectures hasardeuses, ou des pensées, et autres idées, remâchées, à des considératons diverses, d'un intérêt relatif sans doute, sur Hyacinthe Rigaud par exemple, et d'une manière générale, sur ce que Portraits (la manifestation) pourrait (pour moi) signifier. Pour moi, car ça a beau être subventionné, ça a beau être proposé à qui veut regarder, écouter (ce qu'on appelle le public), c'est à moi au fond que ça s'adresse Portraits, à moi seul. Il ne faut pas dire ça, normalement. Il ne faut pas le penser, surtout. Mais on (je) s'en fout un peu, aujourd'hui. Du moment que c'est aussi proposé au public, et qu'on n'en rougit pas de honte, tout est pour le mieux. Et donc le blogue, au lieu de parler de Portraits, parle de tout autre chose, et pas vraiment non plus, parle de moi d'abord, c'est sûr. En parle publiquement, sans être sûr que le public soit là, disons: en parle virtuellement publiquement.
Et peut-être, tout le monde s'en fout.
Alors, retour aux fondamentaux, c'est à dire le programme.

verso_septverso_octverso_novembre

décembre à suivre.

En attendant, l'édito du journal de novembre:


Portraits continue. Après Ginot, Warhol, Vigroux, Nijinski, La Coustarade, et le cycle de lectures, voici nos souvenirs d’école, Darley, La Coustarade (bis), nos Présidents républicains et le cycle de poésie. Qu’est-ce que tout cela, mis bout à bout, raconte ?  (Ici un grand silence).
Toutes ces propositions, à vous adressées, ne prétendent pas apporter une réponse unique et satisfaisante. Chacune témoigne d’une démarche artistique singulière. Chacune est une tentative de scruter, d’écouter, d’approcher un, ou plusieurs individus. Chacune est une invitation à s’arrêter, à regarder. Le portrait est l’art (en peinture, comme en littérature, en photo…) de cerner, même pas, de laisser transparaitre une intimité, au travers d’un regard, d’une parole, d’un geste. Malgré le tumulte qui est le nôtre. Malgré l’agitation qui nous entoure et que nous reproduisons. Prendre le temps, de temps en temps. C’est pourquoi Portraits ne vaut pas par le nombre des propositions qui sont présentées à la Boutique ou au TMT, mais par la rencontre, la surprise qui peut naître de l’une, ou de l’autre. Ecouter la voix d’un poète, un soir, cela peut suffire. Lire un texte, contempler un dessin, cela peut suffire. Nous avons voulu multiplier les approches, non pas pour nous enivrer de l’abondance, mais pour accroître les chances de rencontres.

Une résidence m’a été offerte, ici, à Marvejols, par le TMT. Dans une période où faire des spectacles (ce qui est mon métier) n’était plus mon envie première, j’ai eu l’idée de Portraits. Parce que pour moi-même j’éprouvais le besoin de regarder plutôt que de fabriquer. Il y a des temps différents dans nos vies. Pour moi c’était (c’est encore) celui de me laisser aller à regarder ce que font les autres. De suspendre un peu la marche forcée. Et de retrouver le plaisir simple et difficile de porter attention. Comme on se plonge dans la lecture d’un roman, en s’oubliant. Le livre refermé, pourtant, quelque chose a changé.


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35

29.10.

Rien ne va plus. Recommençons.
Donc, des autoportraits d'Hyacinthe Rigaud, perpignannais (1 ou 2 n?). On pianote, on demande à Gougueule des images d'autoportraits, et on tombe sur lui, Hyacinthe. Qu'on connaissait vaguement, Lagarde et Michard XVIIème, portrait de Louis, avec hermine et sceptre (genre). Et Gougueule nous propose ce tableau-là (voir infra (d'habitude on dit supra, mais le blogue renverse tout) §33) d'un homme dont seul survit le visage, le fond (l'arrière-plan) étant mangé par la lumière muséale, et le corps recouvert d'un tissu de quasi même couleur, bleu sombre, visage comme face au regard, le tout faisant penser à une photo qui serait prise au dessus d'un corps mort, juste avant qu'on remonte le drap pour le soustraire aux regards. On devine bien que le corps n'est pas vraiment de face, mais de trois-quarts, mais ça n'est pas grave, l'impression ressentie reste la même, l'autoportrait de Rigaud est le portrait comme disait Saint Jean à je ne sais plus qui, d'un mort. Du coup on s'intéresse à Hyacinthe, on se dit qu'il avait beau être peintre de cour, il savait regarder, que ça vaut le coup d'aller y voir, on regarde la toile de plus près, du moins la reproduction de Gougueule (sur le site mairie de Clermont-Ferrand, je crois). On apprécie les cernes du peintre, surtout l'oeil gauche (ne pas oublier qu'un autoportrait se réalise d'après sa propre image vue dans un miroir, l'oeil gauche est donc bien à gauche, alors que dans le cas d'un portrait, il passe à droite), on se dit que le temps est ce qu'il peint, le temps très exactement de ce cerne sous l'oeil, le temps du ravage discret, celui-là même qui fait gondoler la toile, creuse reliefs, tout ça révélé par la photographie, heureusement prise sans chichis, sans chercher à masquer l'imperfection, se contentant de l'éclairage (mal) offert par les services municipaux, qui écrase un peu tout (couleurs, détails...) et révèle au contraire l'essentiel: la dégradation des choses. On commence à rêver, on pense aux portraits de Music, qui sortent du noir (ou du très sombre) pour ne laisser deviner qu'un visage (parfois une silhouette) fantomatique... etc. Et on continue à pianoter sur Gougueule. On trouve d'autres autoportraits du même, on remarque que le tissu est toujours là, prêt à recouvrir le visage, prêt à refermer le tableau, parfois plus conventionnel bien sûr, manteau ayant glissé des épaules sur les avant-bras, mais toujours là, et le pinceau dans un coin, qui dit: ce que je peins c'est cela: le tissu qui nous recouvre.
Et tout d'un coup, on a un doute, on agrandit une image (cf infra §34) et on retrouve le même tableau, avec d'autres couleurs, une autre lumière donc, et même les cernes ont changé. On comprend que la reproduction municipale était simplement mauvaise, que peut-être ce qu'on y a vu n'a rien à voir avec ce que l'on verrait en face du tableau même. Laquelle des deux images faut-il croire? Car la seconde, plus lumineuse (plus question de manteau bleu sombre, on est dans du brun), révélant des détails ignorés (comme cet élément bizarre derrière la tête, élément d'architecture?), redonnant vie en quelque sorte à ce qu'on pressentait funéraire, la seconde donc, et pourtant la même, semble contredire la première.
Hyacinthe_Rigaud_Autoportrait1

1ère50067_Autoportrait_Affiches

et 2ème

Mais avait-on vraiment tort?

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28 octobre 2007

34

28.10.

Toujours Hyacinthe (Hyacinthe!) Rigaud:
50067_Autoportrait_Affiches
autoportrait du peintre en peintre.
et déjà le tissu sur l'épaule.

Et encore:

250px_Autoportrait_au_turban__28Perpignan_29

la coiffe change.
mais
le velours est là,
toujours.

Et encore:

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ici c'est tout le tableau qui change; sauf si la photo a renversé l'image, ce qui est toujours possible, le corps a changé de sens, s'est retourné. La lumière vient de droite. Le tissu (velours encore) a glissé, entoure le buste, chrysalide d'ou émerge le peintre. L'aspiration à disparaître derrière le rideau s'est éloigné (de quand datent les toiles?), la lumière et la vie s'étalent davantage sur la toile. Que tient-il à la main? S'il s'agit toujours d'un pinceau, cette fois-ci le geste est actif, comme le regard, plus présent, moins lointains que dans les précédents autoportraits. Il faudrait une autre reproduction, pour distinguer les détails, comme ce tissu énigmatique qui occupe le coin supérieur gauche.

Et pour finir:

250px_Rigaud_en_1692

La gravure (H.G. très jeune) inaugure la série des drapés.

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26 octobre 2007

33

Hyacinthe_Rigaud_Autoportrait_huile_sur_toile

Hyacinthe Rigaud, autoportrait (Musée de Clermont-Ferrand).

Plusieurs choses me touchent. D'abord, la qualité de la photo, qui ne cherche pas à cartepostaliser l'image, à la glacer, la retoucher. On voit la toile, (dans le haut), sa matière, ses reliefs, ses défauts, et quelque chose de cela s'accorde avec le sujet, Rigaud se regardant, ne cherchant pas à gommer ses cernes sous les yeux. Cela d'abord: les cernes de la toile. Ensuite, dans le regard du peintre (que je ne connaissais que par son portrait de Louis XIV), quelque chose des antipodes du portrait officiel, non seulement de l'intime, mais du secret, entre fatigue et sourire, pudeur et dévoilement. Une forme d'abandon, qui nous le rend proche, familier. Modernité du rapport à son propre visage, on pourrait facilement imaginer, ne regardant que celui-ci, qu'il est de Courbet, de Manet... Et puis, ce tissu devant l'homme, manteau? cape? couverture? de velours bleu, reflétant la lumière qui tombe d'en haut (on a même l'impression que la lumière naturelle du tableau, et celle de l'éclairage du musée, qui souligne les reliefs de la toile, n'en sont qu'une) et qui semble en mouvement, rideau qui tombe ou se lève, s'apprête à venir recouvrir le visage, à refermer le tableau. Entre le fond sombre où disparait la masse des cheveux, et le velours en mouvement, le visage, pour quelques instants, apparaît. Instant comparable à celui de l'ouverture du diaphragme de l'appareil photo. Dans cet entre-deux noirs, la vie, entre sourire et tristesse.

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